Millésime 5/5

5 novembre 2006

Epilogue :

En fait, je crois que je lui avais parlé un peu avant, au cours de la soirée, près d’une porte de secours. On a parfois la mémoire en grand-huit. Je fumais des trucs avec quelques types débiles et ennuyeux juste à côté, et lui, il avait l’air de travailler. Nos bruits et l’odeur de nos festivités ne l’amusaient pas.

Enfin, je l’ai fantasmé ce soir-là.
A ce moment, je l’imaginais, Africain habitué aux odeurs de sa ville natale, récemment arrivé dans une décadence européenne amorale et j’en foutiste.
Hum, … pardon… !

J’ai fini par l’attirer dans la rue, il a repassé le miroir de la porte cochère.
Je suis revenue à une réalité moins surréaliste.
Je me suis couchée comme on coule à pic.
Je me suis réveillée avec une gueule de bois troisième millésimaire.
Outch !

Millésime 4/5

4 novembre 2006

Acte 4 :

Là, encore, un moment d’absence. Le grand Noir me prend les mains, soulève son T-shirt et découvre ses abdominaux.

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Je dois avoir l’air d’une lapine bretonne prise dans un far.

Tout est là, toutes les émanations sensorielles évoquant d’alléchants carrés de chocolat. La couleur, l’odeur, le son.

Manquent le toucher et le goût.

Il pose alors délicatement mes mains sur son ventre. J’ai l’impression de toucher une statue. Très dure, très douce, très glabre et très chaude, j’atteins un état de surréalisme parfait.
Buñuel ou Candelero, une ivresse de l’inconscient équivalente à un triple lutz.
Un appel primal. Totale fascination.
Tellement envoûtée que je réalise.

J’enlève mes mains qui continuaient de le caresser, malgré moi, un peu plus haut partout, et mes doigts qui lui pinçaient doucement les tétons.

Dans ce moment de recul, je regarde son beau visage aux lèvres charnues. Avec la déformation de mon strabisme éthylique, j’ai l’impression que sa bouche pourrait recouvrir mon visage en entier.

Il me prend d’un coup sec et souple dans l’immensité de ses bras, me collant totalement à son torse, essaie de m’embrasser tout en passant ses mains dans mon pantalon, plaquées sur mes fesses.

Je détourne le visage.
Je viens quand même de passer quelques heures avec un soldat inconnu, à manger des animaux morts.

Et à ce moment, je me demande bien quel énormité est en train de se produire. Je pense surtout que je ne suis pas dans une situation de maîtriser la suite.
Si l’on continue d’allumer la mèche, je risque de peiner à appeler le 18 pour éteindre l’incendie ravivé par mes sécrétions de vapeurs inflammables.

Pour garder de bonnes proportions, j’arrive à une fermeté plus convaincante. Il me dit des mots assez mignons que j’ai oubliés. Un peu poétique, une poétique du désir quelque chose comme ça.
Malgré la vigueur de son envie, et la frayeur qu’elle me cause, le gars est un grand gamin fleur bleue, un peu déçu de ne pas me faire partager la liesse de son feu d’artifice.

Millésime 3/5

3 novembre 2006

Acte 3 :

Dans une sorte d’épais brouillard strabisant, je marche vers la sortie. Après avoir jeté un dernier regard en direction de la piste de danse, je ne vois plus qu’un moonwalk de balais brosses très stylés.

Une sortie sans fanfare par le grand tunnel qui relie la piste de danse à l’extérieur, la nuit, l’air frais, un peu froid, mais c’est bon pour ce que j’ai. Les videurs sont encore là eux aussi. Sur le départ, un peu.

Un type immense et beau, enfin, c’est comme ça que je le vois dans mes brumes, un Noir en cuir noir, qui mesure près de 2 mètres, peut-être un peu plus, à l’air d’insister pour me raccompagner.
Je n’ai pas tellement l’énergie de me battre pour qu’il reste là, et puis je crois que je préfère un type identifié dans la soirée qu’à une rencontre aléatoire et probable dans le petit matin bleu.

Comme une bécasse avinée et confiante, je lui dis que je n’habite pas loin. Enfin, après tout, pourquoi pas. Le type me parle, le chemin est décidément très court, mais malgré tout, accompagnée d’un type dont je n’ai pas l’imagination de me débarrasser, il me paraît long.

On arrive devant chez moi. Je dois avoir un moment d’absence ou d’inconscience, puisqu’il me suit au delà de la porte cochère. On se retrouve donc tous les deux dans le hall, face à la cour, la loge de la concierge à gauche, mais elle doit très profondément embrasser Morphée, qui n’est pas bégueule, en cette première matinée de l’année.

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Millésime 2/5

2 novembre 2006

Acte 2 :

Soudain, il s’est bien écoulé deux bonnes heures au rythme de mes engourdissements.
Je recouvre suffisamment de forces pour songer à m’extirper des lieux.

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Patiente, j’avais attendu ce moment où j’allais pouvoir tenir debout sans trop éveiller les soupçons des clubbers de la dernière chance.

A six ou sept heures, ils n’étaient plus qu’une poignée, solide mais ferme, en train de passer la loque. Quant à moi, j’avais l’opportunité de me fondre dans la masse.
Cela dit, j’avais un problème de taille à résoudre, en la personne de mon manteau.
Au cours de la soirée, trop d’affluence et de zibelines avaient provoqué un effondrement du vestiaire – on se sent moins seule…

J’avais donc négligemment déposé mes affaires dans un coin du 1er étage, mon manteau par-dessus mon sac. Caramba, il ne restait plus que mon sac, au dit endroit.
La seule chose précieuse que j’espérais y trouver pour reposer en paix, c’était mon trousseau de clés. Il y était.

Manquait tout de même le manteau, c’était ennuyeux, même si je n’étais qu’à environ 50 mètres à pied, la soirée de la saint Sylvestre est rarement la plus chaude de l’année, surtout dans un état de fatigue avancée.

Par chance, mon ami était revenu « tout seul » au vestiaire, et d’ailleurs, il n’avait plus beaucoup de congénères pour lui faire la conversation. Cependant, il n’avait pas l’air de s’en plaindre.

Millésime 1/5

1 novembre 2006

Il était une fois une soirée de réveillon parfaitement déraisonnable.

Brève description.

Me voici de mon plein gré à une soirée regroupant quelques centaines de personnes, à l’aube d’une année paire, peu importe laquelle, avec moult boissons à volonté, pléthore d’excès qui vous tentent des bras jusqu’aux lèvres.

Voyons comment sont ces gens - et moi, dans le miroir ?

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Acte 1 :
L’open bar a rapidement eu raison de ma sobriété, mais pas assez pour que je refuse le calumet, alors que l’heure était décidément très avancée.
C’était là ma faiblesse.
A la différence du Titanic, je n’ai pas eu besoin de chavirer pendant des heures. J’ai juste senti une poussée démesurée m’emmener sur les chemins du soldat inconnu.
Pas de détails, vous voyez bien de quel pot-aux-roses il s’agit.
Comme ne dit pas le feuilleton, les poivrots se cachent pour vomir.

Un providentiel fauteuil siégeait dans les toilettes des femmes, ce qui me permit de m’isoler dans un lieu hautement stratégique. Je gardais l’idée du confort ajouté à une certaine dignité, je sauvais les apparences, malgré un chaos intérieur indescriptible.

A 4 heures passées, la population susceptible de me faire concurrence sur les lieux avait considérablement décru. Il n’y avait donc plus aucun stress de trouver porte close. Je fis donc ma petite affaire entre deux sommeils bien mérités…

Les petites miches de Pigalle

15 octobre 2006

Copyright © 2006 Luz RoviraEn vadrouille entre midi et 2, prise d’une faim mi-chienne mi-louve, mais certainement pas de quoi casser trois pattes à un mouton, on s’engouffre, Miss No. et moi, dans l’antre de la Brioche dorée de la place Pigalle.

Jamais mis les pieds dans un tel endroit, voyons comment sont ces gens.

- Bonjour, une formule salade s’il vous plaît.
Le type derrière la vitrine aux 6 salades composées est endimanché dans un costume de chef. Il se meut comme un crabe, oscillant entre désorganisation et lenteur de lémurien.
D’un coup, il s’agite, … trop tard ! Je me rends compte que c’est une assiette en faïence dans laquelle il est en train de besogner (en tout bien tout honneur, et devant témoins).
- Ah non, non, à emporter s’il vous plaît !
Triple buse, il fallait lui dire avant.
Alors, je me confonds en excuses.
Miss No me fait remarquer que je suis trop polie.

Mais le type fait la tronche dans son costume à trois pièces…
Et surtout, il vient de laisser glisser toute ma salade dans la poubelle.

Je pense que je m’excuse surtout auprès de la salade et de tous ceux qui n’en voient pas la couleur, plutôt que sur ce malentendu de consommation en les murs.
Ce qui est, soit dit en passant, cohérent avec le mammifère.
C’est quand même dingue : on ne recycle pas la salade !
Shocking !

Pour le dessert, je demande un gâteau au chocolat.
Le type me demande :
- Vous êtes seule ?
- Pardon ? mais non pourquoi ?
- Hum, quand on mange du chocolat, c’est parce qu’on manque d’affection

Je le trouve vraiment gonflé son sketch.
Qu’est-ce qu’il en sait. Et puis j’ai sans doute de GROS BESOINS.