Pas boutiquier, mais vendeur quand même 1/2

Pour mes propres courses, je ne suis pas du genre à arpenter les boutiques en long et en large, ni à rester plus d’un quart d’heure en place.

Dans certaines circonstances, je m’attarde. Il y a des magasins qui vous font sentir que vous êtes chez vous.

Des vendeurs pas conventionnels qui font aussi commerce de ce qu’ils sont, voyons comment sont ces gens ?

Par un samedi pluvieux à verse, me voici missionnée de fait pour trouver, non pas un, mais deux cadeaux communs pour les anniversaires respectifs de Mesdames SanG et Talc, mes vieilles copines de 20 ans.
Je dis Mesdames, mais attention, elles ne sont pas plus mariées qu’Arlette Laguiller… et 20 ans, c’est plus un plafond d’âge mental que nous ne manquons pas de partager dès que l’occasion se présente.
Quoi de plus normal dès que l’on se retrouve entre copines ?
Déblatérant nos dernières (més)aventures, sirotant nos sempiternels portos verre sur verre, tirant sur la corde de cigarettes qui nous font toujours rire, … soit, bien moins que nos propres caricatures à peine romancées, que nous ne manquons pas de dresser les unes sur les autres, dans une surenchère d’autodérision exutoire.

Madame Talc étant en attente d’un imminent heureux événement et Madame SanG étant en plein préparatif de fête, il était parfaitement logique que cette mission communautaire m’échoie.

Comme d’habitude dans ce genre de situation, aucun brief. Et comme toujours, il faut y aller en connaissance des goûts de chacune et des projections des multicontributeurs en terme d’objectifs et de budget.

Si j’aime assez bien dépenser sans compter, je ne suis pas une serial acheteuse et je déteste la foule. Je préfère donc les échoppes de quartier. Je me dirige donc vers des spots potables de mon arrondissement.

Après un double échec, je me retrouve perplexe devant la vitrine à bijoux d’un petit magasin de la rue Beaurepaire.

Derrière une table qui fait office de caisse, un dandy parfaitement distrait regarde défiler ses rêves éveillés.

J’ai un peu peur de le sortir de sa délicate transe, mais j’ai du pain sur la planche, et j’ai besoin d’un rémouleur. La vitrine est sous clé.
- Bonjour, je voudrais regarder un collier dans la vitrine.
- Ah… ouh là, je n’y connais rien en bijou moi ! Je ne sais même pas où sont les clés.

Je continue à scruter patiemment la vitrine. Je me dis que s’il retrouve les clés pour m’ouvrir à tous ces trésors, il va en avoir pour son temps et mon argent. Enfin le nôtre. Bref.
Deux ou trois minutes plus tard, il a terminé de la fouille au corps du Père Fouras, sans gâcher aucun moignon dans la gueule d’un tigre.

oeil de tigre

Il réussit donc à ouvrir la vitrine avec une seule main.

J’en fais tomber mon bonnet et mon écharpe tout mouillés, qu’il s’empresse de ramasser malgré ma mise en garde de ne pas y toucher !

- C’est trempé !

Trop tard, il a déjà les mains qui ruissellent. Je le débarrasse de mes oripeaux moites. (ou l’inverse)
Je prends un genre de chaîne avec des gros cercles multicolores. Je suis persuadée que c’est un collier. Malgré son manque de connaissance en joaillerie, “le vendeur” me dit que non, c’est une ceinture. Oui en effet, ça ne tient pas bien autour du cou.

Je fais plein d’essais autour de mes hanches, par dessus mon jean. Je me regarde dans la glace. Je me tourne, je tourne la ceinture. Je trouve ça chouette, mais je ne suis pas convaincue.
Lui non plus, qui regarde la scène, de loin. Finalement, je lui demande d’essayer un collier, puis un autre, puis un bracelet, puis un autre…

Puis je me décide.

Il me dit qu’en effet, ça, c’est un beau bijou, en “je ne sais pas le nom de la pierre”, mais un modèle unique de créateur.

Très bien, j’achète !

Son pote arrive. On continue la discute en parlant des tentes, des enfants de Don Quichotte, des éléctions qui arrivent, non sans distribuer quelques égratignures au futur Calife.

La patronne arrive, c’est de l’oeil de tigre, ah bin oui ! Magnifique collier. Je vois mieux le rapport avec le père Fouras.
Je me dis qu’ils sont tous très sympas, mais que j’ai encore de la route à faire. Je file en direction de la librairie “les mots bleus”, pour la suite des opérations…

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