A kawaï girl in London

Voici l’histoire d’une fille trop Kawaï qui érige la conscience professionnelle en incarnation, ce qui parfois attire les casse-pieds.
Son histoire renvoie aussi à un lieu commun qui suppose qu’on associe le Japon - ou du moins la mentalité japonaise - avec la contrition.
Une espèce unique d’engagement moral qui s’accompagne d’un acte, et qui imbrique de manière spectaculaire le concept et sa matérialisation, aussi fort que des grains de riz sont agglomérés autour d’un sashimi.

Une jeune fille prise en flag de faute professionnelle, voyons comment est cette personne ?

Un soir, nous étions à nous (mor)fondre, à coup de doubles single malt et de pintes de Guinness, dans quelque pub irlandais du coeur de Londres, Mi-K et moi.
Dopés par nos breuvages, nous décidâmes d’errer dans les rues en quête d’un genre de gig qui nous mêlerait aux autochtones aussi sûrement que le feraient Dupont et Dupond.

Nos oreilles de sioux nous guident jusqu’à une sorte de pub immense sur 3 niveaux. Les videurs de l’entrée nous toisent comme si nous avions des intentions terroristes.

Tel Joe Cooker, mais dans un grain de voix moins langoureux, l’un d’eux lâche à Mi-K : “Take off your hat, no hat in there.”

Mi-K, bon joueur, s’exécute.

On arrive à l’étage festif. La vestiairiste ci-présente nous prend nos affaires de touristes en échange d’un ticket par article, à l’exception du chapeau, qu’elle pose en pôle position sur un porte-manteau bien en évidence, à sa droite.

kawai girl

Il y a un monde de dingue dans le gig, plein à craquer de filles qui se trémoussent en s’effleurant les lèvres, ce qui affecte le niveau de mousse dans les pintes des types alentours.

On stage, tout un tas de reprises. Puis, roulement, une sorte de jeune éphèbe monte sur scène. Ah, c’est sa première fois, c’est émouvant. Il est un peu timide, très raide. Il a une tendance centripète vers le grand maître de la cérémonie pour trouver un peu de confiance et de conviction dans son cri du piment de chili rouge et relevé.

On finit notre pinte, on s’arrache.

Au vestiaire, on tend nos tickets et on récupère la plupart de nos affaires.

Mais où est le chapeau ?

Non, il n’y avait pas de ticket.

Oui, on peut en faire la description.

Et la tête de la vestiairiste se décompose. Plus du tout kawaï.

On dirait qu’elle se rappelle à qui elle l’a donné, pensant bien faire.
Elle se met alors à nous demander comment elle peut faire pour arranger tout ça, elle nous propose de l’argent pour rembourser le chapeau. On lui dit que le chapeau coûte 13£. Seulement, elle n’a pas cette somme sur elle.
Mi-K partirait bien sans rien demander de plus, désolé de la désolation sincère de la kawaï girl.

Je lui dis qu’on ne veut pas de son argent, qu’il doit bien y avoir des assurances dans cette boîte et qu’il faut que nous parlions au directeur.

Elle a l’air castastrophé de m’entendre dire des choses pareilles, elle a vraiment peur de ce qui peut se passer avec la direction.
“This is all my fault”, répète-t-elle en boucle, en précisant qu’il faut que cela reste entre nous.
Du coup, on échange nos numéros de téléphone et puis on décide de se donner rendez-vous le lendemain à 19h à Leicester Square.

Je n’y crois pas du tout et entre-temps, Mi-K se rachète le même chapeau, un tout petit peu moins beau, mais pour seulement 8£.

Le lendemain, on arrive à 18h50 à Lestersquouère, après s’être entraînés toute la journée à la prononciation.

On attend, on attend, on attend 10 minutes.

Et voici la petite kawaï girl qui apparaît. Mi-K bondit vers elle.
En moins d’une fraction de seconde, elle a ouvert son portefeuille et lui a refilé la caillasse, et toute la caillasse. Contrairement à l’usage, personne ne revoit cette scène au ralenti.
On parle un peu.

Elle vient de Tokyo et nous ? Ah oui, de Paris. Ah oui, super, super.
Merci beaucoup de t’être déplacée, c’est vraiment gentil. Non, non, c’est normal, c’est moi qui ai fait une erreur, c’est parfaitement normal. Bon très bien alors merci, merci, encore.

Et puis on se quitte pour toujours, retournant chacun vers notre notre vaisseau spatial.
Je suis un peu scotchée. Je m’en veux d’avoir douté d’elle.

Quelle Kawaï Girl !

Une réponse à “A kawaï girl in London”

  1. wazzo a écrit :

    nette pref pour ton stupeurs et tremblements en Albion que chez Nothomb

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