Scène de non réconciliation
On est parfois le témoin discret de scènes auxquelles on n’a pas été convié, à côté de personnes qui vivent leur histoire avec une intensité qui les isole parfaitement de leur contexte.
Parfois, c’est tragique. Souvent, c’est très drôle.
Scènes de post-ménage dans les couloirs du métro, voyons comment sont ces gens ?
Il faut bien le chercher. Se retrouver à la station des Halles un samedi en fin d’après-midi, deux week-ends avant LA fête de Nowel, c’est une juste entrée en matière dans l’hystérie qui anime la collectivité jusqu’à la fin de l’année civile.
Rien de tel pour se sentir en phase avec ses contemporains.
Forcément le métro est bondé. J’attends le suivant en recherchant un endroit tranquille qui m’évitera d’être piétinée par tous les psychopathes en la demeure. Ou l’inverse ?
Je m’installe donc inconfortablement sur un des vrais faux tabourets à double barre qui sont parfaits pour se rappeler que la RATP se casse le cul, mais jamais seule.
Et là, la conversation s’anime sur ma droite. Une créature degingandée, appuyée sur le casse-fesse, fait face à une autre créature moins nonchalente mais tout aussi déterminée dans son style.
Elle lui dit :
- Non mais vas-y là, qu’est-ce tu crois que tu vas me parler là, comme ça ?
Il ne répond rien de plus que s’appuyer sur l’autre pied.
- Attends je te promets, tu vas pas venir chez moi, je te fais pas à manger, en plus t’as jamais rien apporté à manger chez moi !
Il bredouille un truc pour essayer d’apporter un argument contraire. Rien à faire.
- Ouais, et puis tout le temps qu’on était ensemble, je te jure, tu m’en as fait baver de toutes les couleurs.
Ah ouais, tu m’en as fait baver de toutes les couleurs.
Et elle s’arrache.
L’autre reste comme un con, soupire un truc, essaie de décoller ses fesses de la double barre, mais on dirait qu’un truc le retient.
C’aurait pu être chouette de baver toutes ces couleurs, comme des bulles de savon.
Mais ça n’avait pas l’air d’être sur la bonne pente.
27 décembre 2006 à 19:16
Personnellement j’aime les couleurs mais pas baver.
Très bien écrite cette scène!