Echanges linguistiques
Comme toutes les bêtes de foire de 13 ou 14 ans, j’ai eu la chance de partir en vacances linguistiques dans ce pays fort accueillant qu’est l’Allemagne.
D’ailleurs, on disait RFA à l’époque. En effet, les taches de vin sur le soviet crâne n’avaient pas fait tache d’huile. L’Europe des blocs était encore un peu grippée.
Malgré la maîtrise approximative de la langue, voyons comment sont ces gens d’outre Rhin…
L’avantage, soit dit en passant, étant qu’au milieu des années 1980, on pouvait à la fois parfaire son allemand, mais aussi son anglais américain, voire même approfondir quelques bribes de français du contingent. Et pour une après-midi, cautériser le mal du pays des appelés chanceux et vraiment dépaysés, surtout en pensant à l’hiver.
Je crois d’ailleurs, que c’est à cet endroit, Kaiserslautern, et plus précisément à la piscine de Kaiserlautern que j’ai commencé une vocation de polyglotte.
Pour moi, c’était quand même plus pratique de miser sur la conversation que d’être obligée de jouer au ping pong pour m’insérer dans la vie sociale locale.
Comme tout le monde dans ces conditions, je restais souvent avec mes camarades de classe, dont un dénommé Moon. On se retrouvait régulièrement pour quelques escapades digestives, le soir, après le Abendbrot, c’est à dire vers 19h00.
Hé oui, on mange plus tôt à l’Est, ça doit être pour adapter son biorythme et corriger le décalage horaire naturel.
Nous voilà donc partis en vélo dans les collines, avant la nuit tombée, à fumer des (vrais) brins d’herbe ou quelques cigarettes achetées à la tirette, à la sauvette. Il était déjà interdit de fumer pour les moins de 16 ans et attention, la discipline et sa monétisation ne rigolent pas dans les Länder.
En repartant dans nos pénates teutonnes respectives, on descendait à fond la caisse pour profiter de la pente et ne pas trop solliciter nos jeunes poumons enfumés.
Cette espèce de vieux casse-cou de Moon a dû freiner brutalement devant moi et je n’ai pas eu le temps de faire l’écart suffisant pour éviter la collision. Je me suis accrochée le bras sur son guidon et je me suis étalée en frottant la peau frêle de mon coude sur quelques mètres de bitume.
Le bras en sang beurk.
On s’était fait repérer par des voisins qui, ni une ni deux, décident de nous emmener chez eux pour prévenir nos hôtes de ce fâcheux accident. Vraiment sehr sympatisch.
Je pars aux toilettes avec un truc autour du bras pour éviter de jouer des coudes façon boucherie delicatessen.
C’est un grand couloir avec un chiotte à l’autre bout.
Et là… grand mystère, rien vu venir, me voilà prise d’un spasme compulsif.
Je répands tout un tas de spaghettis qui étaient passés par là quelques heures avant.
Oui, ça m’arrive décidément souvent.
Je ressors de là un peu catastrophée. J’ai quand même tout dévasté chez eux depuis à peine 10 secondes qu’on se connaît…
Et bien, au lieu de m’engueuler, ces gens se sont inquiétés pour moi.
Ils étaient même encore plus catastrophés que moi !
Ach grosse catastrophe comme on dit dans les films comiques. Mais là, personne ne rigolait.
Ils ont commencé à me regarder les pupilles avec attention, à me demander si je n’avais pas de Kopfschmerz, alors non, ich bin nicht über mein Kopf gefallen. Ja, ja sicher !
Un peu plus ils appelaient les pompiers et tout.
Finalement remise de mes émotions et eux aussi, ils nous ont raccompagnés en voiture chez nous, avec les vélos dans le coffre.
Qu’est-ce qu’ils sont bien équipés.
