Bacille de la compassion
Si l’hôpital ne se fout pas de l’ambulance, alors il tente de la soutenir, dans un dernier élan de conscience (professionnelle).
DRH, métier à risque, voyons comment sont ces gens ?
Il était une fois un responsable des ressources humaines, que j’ai plaint.
Depuis qu’il était arrivé à ses fonctions, une cascade de fléaux semblaient s’être abattus sur sa vie…
Il entre en scène à la califourchon : il vient au bureau en vélo.
Certainement un ami de la nature ou un autre modèle d’incarnation saine du genre humain.
Et puis, on lui met pour ainsi dire des bâtons dans les roues. Il retrouve son vélo entravé par un cadenas qu’il n’a pas posé.
Après tout, ce genre de choses peut arriver n’importe où, n’importe quand, à n’importe qui…
Pas de paranoïa !
Puis, il se retranche dans un bureau, examine l’existant, tente de remettre à plat des années de flottements contractualisés.
Sa mission de communication interne attendra un peu, il y a urgence légale.
C’est alors qu’il disparaît en raison d’une mystérieuse maladie… Hôpital, petits mails pour annoncer qu’il survit quand même, malgré de l’eau dans les poumons et une pleurésie…
Et puis entre-temps, survient une première vague de licenciements.
Quelle chance, le responsable des ressources humaines est déjà malade, il n’aura donc pas le loisir d’user sa compassion pour accompagner cette première charrette, ni de jouer son rôle de communicant interne.
Il est déjà bouffé de l’intérieur par une bactérie.
A-t-il pensé à la guerre bactériologique, au coup de maladie du charbon envoyé par la poste ? C’était plutôt courant en cette saison. Et à sa place, j’aurais succombé à cette paranoïa facile.
Deuxième vague de licenciements. Economiques, cette fois.
Il est toujours à l’hôpital lors des annonces faites en particulier aux principaux intéressés, mais sa convalescence tire à sa fin.
Levé de rideau pour la réunion générale, section crise interne, pour annoncer, justifier, sans trop de passion ni de compassion de la part de la direction, les licenciements économiques.
Le coming out de la maladie des ressources humaines est fait, justifiant bien mal l’extinction de voix subite en matière de communication interne dans ce genre de circonstance dramatique.
Il s’agissait donc d’une tuberculose non contagieuse, grands dieux, ouf !
Sans quoi, nous n’aurions pas échappé aux services sanitaires et, mon dieu, ouf ! peut-être à l’inspection du travail pour enquêter sur les conditions de salubrité générale…
On l’a échappé belle !
A son retour de convalescence, je le retrouve sur le palier de sa porte, avec ses joues roses et ses yeux durcis par la fatigue et la maladie…
Lui qui n’est pas venu à mon entretien préalable de licenciement, premier jalon officiel, celui où l’on prononce le décès du poste et où l’on énonce le devis des funérailles.
Et avec ses yeux à la fois durs et concernés, qui fixent droit dans les miens, il me dit : “(…) ma porte est toujours ouverte”.
Sur le coup, c’est le côté sensiblerie qui m’est monté à la tête, quelle sympathie… J’ai pensé à l’hiver 54, à l’abbé Pierre et à cette vague de froid qui revient…
Tout de suite après, je me suis dis :“Fais attention aux courants d’air…”
