Millésime 4/5
Acte 4 :
Là, encore, un moment d’absence. Le grand Noir me prend les mains, soulève son T-shirt et découvre ses abdominaux.
Je dois avoir l’air d’une lapine bretonne prise dans un far.
Tout est là, toutes les émanations sensorielles évoquant d’alléchants carrés de chocolat. La couleur, l’odeur, le son.
Manquent le toucher et le goût.
Il pose alors délicatement mes mains sur son ventre. J’ai l’impression de toucher une statue. Très dure, très douce, très glabre et très chaude, j’atteins un état de surréalisme parfait.
Buñuel ou Candelero, une ivresse de l’inconscient équivalente à un triple lutz.
Un appel primal. Totale fascination.
Tellement envoûtée que je réalise.
J’enlève mes mains qui continuaient de le caresser, malgré moi, un peu plus haut partout, et mes doigts qui lui pinçaient doucement les tétons.
Dans ce moment de recul, je regarde son beau visage aux lèvres charnues. Avec la déformation de mon strabisme éthylique, j’ai l’impression que sa bouche pourrait recouvrir mon visage en entier.
Il me prend d’un coup sec et souple dans l’immensité de ses bras, me collant totalement à son torse, essaie de m’embrasser tout en passant ses mains dans mon pantalon, plaquées sur mes fesses.
Je détourne le visage.
Je viens quand même de passer quelques heures avec un soldat inconnu, à manger des animaux morts.
Et à ce moment, je me demande bien quel énormité est en train de se produire. Je pense surtout que je ne suis pas dans une situation de maîtriser la suite.
Si l’on continue d’allumer la mèche, je risque de peiner à appeler le 18 pour éteindre l’incendie ravivé par mes sécrétions de vapeurs inflammables.
Pour garder de bonnes proportions, j’arrive à une fermeté plus convaincante. Il me dit des mots assez mignons que j’ai oubliés. Un peu poétique, une poétique du désir quelque chose comme ça.
Malgré la vigueur de son envie, et la frayeur qu’elle me cause, le gars est un grand gamin fleur bleue, un peu déçu de ne pas me faire partager la liesse de son feu d’artifice.
