Les petites miches de Pigalle

15 octobre 2006

Copyright © 2006 Luz RoviraEn vadrouille entre midi et 2, prise d’une faim mi-chienne mi-louve, mais certainement pas de quoi casser trois pattes à un mouton, on s’engouffre, Miss No. et moi, dans l’antre de la Brioche dorée de la place Pigalle.

Jamais mis les pieds dans un tel endroit, voyons comment sont ces gens.

- Bonjour, une formule salade s’il vous plaît.
Le type derrière la vitrine aux 6 salades composées est endimanché dans un costume de chef. Il se meut comme un crabe, oscillant entre désorganisation et lenteur de lémurien.
D’un coup, il s’agite, … trop tard ! Je me rends compte que c’est une assiette en faïence dans laquelle il est en train de besogner (en tout bien tout honneur, et devant témoins).
- Ah non, non, à emporter s’il vous plaît !
Triple buse, il fallait lui dire avant.
Alors, je me confonds en excuses.
Miss No me fait remarquer que je suis trop polie.

Mais le type fait la tronche dans son costume à trois pièces…
Et surtout, il vient de laisser glisser toute ma salade dans la poubelle.

Je pense que je m’excuse surtout auprès de la salade et de tous ceux qui n’en voient pas la couleur, plutôt que sur ce malentendu de consommation en les murs.
Ce qui est, soit dit en passant, cohérent avec le mammifère.
C’est quand même dingue : on ne recycle pas la salade !
Shocking !

Pour le dessert, je demande un gâteau au chocolat.
Le type me demande :
- Vous êtes seule ?
- Pardon ? mais non pourquoi ?
- Hum, quand on mange du chocolat, c’est parce qu’on manque d’affection

Je le trouve vraiment gonflé son sketch.
Qu’est-ce qu’il en sait. Et puis j’ai sans doute de GROS BESOINS.

Millésime 1/5

1 novembre 2006

Il était une fois une soirée de réveillon parfaitement déraisonnable.

Brève description.

Me voici de mon plein gré à une soirée regroupant quelques centaines de personnes, à l’aube d’une année paire, peu importe laquelle, avec moult boissons à volonté, pléthore d’excès qui vous tentent des bras jusqu’aux lèvres.

Voyons comment sont ces gens - et moi, dans le miroir ?

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Acte 1 :
L’open bar a rapidement eu raison de ma sobriété, mais pas assez pour que je refuse le calumet, alors que l’heure était décidément très avancée.
C’était là ma faiblesse.
A la différence du Titanic, je n’ai pas eu besoin de chavirer pendant des heures. J’ai juste senti une poussée démesurée m’emmener sur les chemins du soldat inconnu.
Pas de détails, vous voyez bien de quel pot-aux-roses il s’agit.
Comme ne dit pas le feuilleton, les poivrots se cachent pour vomir.

Un providentiel fauteuil siégeait dans les toilettes des femmes, ce qui me permit de m’isoler dans un lieu hautement stratégique. Je gardais l’idée du confort ajouté à une certaine dignité, je sauvais les apparences, malgré un chaos intérieur indescriptible.

A 4 heures passées, la population susceptible de me faire concurrence sur les lieux avait considérablement décru. Il n’y avait donc plus aucun stress de trouver porte close. Je fis donc ma petite affaire entre deux sommeils bien mérités…

Millésime 2/5

2 novembre 2006

Acte 2 :

Soudain, il s’est bien écoulé deux bonnes heures au rythme de mes engourdissements.
Je recouvre suffisamment de forces pour songer à m’extirper des lieux.

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Patiente, j’avais attendu ce moment où j’allais pouvoir tenir debout sans trop éveiller les soupçons des clubbers de la dernière chance.

A six ou sept heures, ils n’étaient plus qu’une poignée, solide mais ferme, en train de passer la loque. Quant à moi, j’avais l’opportunité de me fondre dans la masse.
Cela dit, j’avais un problème de taille à résoudre, en la personne de mon manteau.
Au cours de la soirée, trop d’affluence et de zibelines avaient provoqué un effondrement du vestiaire – on se sent moins seule…

J’avais donc négligemment déposé mes affaires dans un coin du 1er étage, mon manteau par-dessus mon sac. Caramba, il ne restait plus que mon sac, au dit endroit.
La seule chose précieuse que j’espérais y trouver pour reposer en paix, c’était mon trousseau de clés. Il y était.

Manquait tout de même le manteau, c’était ennuyeux, même si je n’étais qu’à environ 50 mètres à pied, la soirée de la saint Sylvestre est rarement la plus chaude de l’année, surtout dans un état de fatigue avancée.

Par chance, mon ami était revenu « tout seul » au vestiaire, et d’ailleurs, il n’avait plus beaucoup de congénères pour lui faire la conversation. Cependant, il n’avait pas l’air de s’en plaindre.

Millésime 3/5

3 novembre 2006

Acte 3 :

Dans une sorte d’épais brouillard strabisant, je marche vers la sortie. Après avoir jeté un dernier regard en direction de la piste de danse, je ne vois plus qu’un moonwalk de balais brosses très stylés.

Une sortie sans fanfare par le grand tunnel qui relie la piste de danse à l’extérieur, la nuit, l’air frais, un peu froid, mais c’est bon pour ce que j’ai. Les videurs sont encore là eux aussi. Sur le départ, un peu.

Un type immense et beau, enfin, c’est comme ça que je le vois dans mes brumes, un Noir en cuir noir, qui mesure près de 2 mètres, peut-être un peu plus, à l’air d’insister pour me raccompagner.
Je n’ai pas tellement l’énergie de me battre pour qu’il reste là, et puis je crois que je préfère un type identifié dans la soirée qu’à une rencontre aléatoire et probable dans le petit matin bleu.

Comme une bécasse avinée et confiante, je lui dis que je n’habite pas loin. Enfin, après tout, pourquoi pas. Le type me parle, le chemin est décidément très court, mais malgré tout, accompagnée d’un type dont je n’ai pas l’imagination de me débarrasser, il me paraît long.

On arrive devant chez moi. Je dois avoir un moment d’absence ou d’inconscience, puisqu’il me suit au delà de la porte cochère. On se retrouve donc tous les deux dans le hall, face à la cour, la loge de la concierge à gauche, mais elle doit très profondément embrasser Morphée, qui n’est pas bégueule, en cette première matinée de l’année.

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Millésime 4/5

4 novembre 2006

Acte 4 :

Là, encore, un moment d’absence. Le grand Noir me prend les mains, soulève son T-shirt et découvre ses abdominaux.

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Je dois avoir l’air d’une lapine bretonne prise dans un far.

Tout est là, toutes les émanations sensorielles évoquant d’alléchants carrés de chocolat. La couleur, l’odeur, le son.

Manquent le toucher et le goût.

Il pose alors délicatement mes mains sur son ventre. J’ai l’impression de toucher une statue. Très dure, très douce, très glabre et très chaude, j’atteins un état de surréalisme parfait.
Buñuel ou Candelero, une ivresse de l’inconscient équivalente à un triple lutz.
Un appel primal. Totale fascination.
Tellement envoûtée que je réalise.

J’enlève mes mains qui continuaient de le caresser, malgré moi, un peu plus haut partout, et mes doigts qui lui pinçaient doucement les tétons.

Dans ce moment de recul, je regarde son beau visage aux lèvres charnues. Avec la déformation de mon strabisme éthylique, j’ai l’impression que sa bouche pourrait recouvrir mon visage en entier.

Il me prend d’un coup sec et souple dans l’immensité de ses bras, me collant totalement à son torse, essaie de m’embrasser tout en passant ses mains dans mon pantalon, plaquées sur mes fesses.

Je détourne le visage.
Je viens quand même de passer quelques heures avec un soldat inconnu, à manger des animaux morts.

Et à ce moment, je me demande bien quel énormité est en train de se produire. Je pense surtout que je ne suis pas dans une situation de maîtriser la suite.
Si l’on continue d’allumer la mèche, je risque de peiner à appeler le 18 pour éteindre l’incendie ravivé par mes sécrétions de vapeurs inflammables.

Pour garder de bonnes proportions, j’arrive à une fermeté plus convaincante. Il me dit des mots assez mignons que j’ai oubliés. Un peu poétique, une poétique du désir quelque chose comme ça.
Malgré la vigueur de son envie, et la frayeur qu’elle me cause, le gars est un grand gamin fleur bleue, un peu déçu de ne pas me faire partager la liesse de son feu d’artifice.

Millésime 5/5

5 novembre 2006

Epilogue :

En fait, je crois que je lui avais parlé un peu avant, au cours de la soirée, près d’une porte de secours. On a parfois la mémoire en grand-huit. Je fumais des trucs avec quelques types débiles et ennuyeux juste à côté, et lui, il avait l’air de travailler. Nos bruits et l’odeur de nos festivités ne l’amusaient pas.

Enfin, je l’ai fantasmé ce soir-là.
A ce moment, je l’imaginais, Africain habitué aux odeurs de sa ville natale, récemment arrivé dans une décadence européenne amorale et j’en foutiste.
Hum, … pardon… !

J’ai fini par l’attirer dans la rue, il a repassé le miroir de la porte cochère.
Je suis revenue à une réalité moins surréaliste.
Je me suis couchée comme on coule à pic.
Je me suis réveillée avec une gueule de bois troisième millésimaire.
Outch !

Bacille de la compassion

26 novembre 2006

Si l’hôpital ne se fout pas de l’ambulance, alors il tente de la soutenir, dans un dernier élan de conscience (professionnelle).

DRH, métier à risque, voyons comment sont ces gens ?

Il était une fois un responsable des ressources humaines, que j’ai plaint.
Depuis qu’il était arrivé à ses fonctions, une cascade de fléaux semblaient s’être abattus sur sa vie…

Il entre en scène à la califourchon : il vient au bureau en vélo.
Certainement un ami de la nature ou un autre modèle d’incarnation saine du genre humain.
Et puis, on lui met pour ainsi dire des bâtons dans les roues. Il retrouve son vélo entravé par un cadenas qu’il n’a pas posé.
Après tout, ce genre de choses peut arriver n’importe où, n’importe quand, à n’importe qui…
Pas de paranoïa !

Puis, il se retranche dans un bureau, examine l’existant, tente de remettre à plat des années de flottements contractualisés.
Sa mission de communication interne attendra un peu, il y a urgence légale.

C’est alors qu’il disparaît en raison d’une mystérieuse maladie… Hôpital, petits mails pour annoncer qu’il survit quand même, malgré de l’eau dans les poumons et une pleurésie

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Et puis entre-temps, survient une première vague de licenciements.
Quelle chance, le responsable des ressources humaines est déjà malade, il n’aura donc pas le loisir d’user sa compassion pour accompagner cette première charrette, ni de jouer son rôle de communicant interne.
Il est déjà bouffé de l’intérieur par une bactérie.

A-t-il pensé à la guerre bactériologique, au coup de maladie du charbon envoyé par la poste ? C’était plutôt courant en cette saison. Et à sa place, j’aurais succombé à cette paranoïa facile.

Deuxième vague de licenciements. Economiques, cette fois.

Il est toujours à l’hôpital lors des annonces faites en particulier aux principaux intéressés, mais sa convalescence tire à sa fin.
Levé de rideau pour la réunion générale, section crise interne, pour annoncer, justifier, sans trop de passion ni de compassion de la part de la direction, les licenciements économiques.
Le coming out de la maladie des ressources humaines est fait, justifiant bien mal l’extinction de voix subite en matière de communication interne dans ce genre de circonstance dramatique.

Il s’agissait donc d’une tuberculose non contagieuse, grands dieux, ouf !
Sans quoi, nous n’aurions pas échappé aux services sanitaires et, mon dieu, ouf ! peut-être à l’inspection du travail pour enquêter sur les conditions de salubrité générale…
On l’a échappé belle !

A son retour de convalescence, je le retrouve sur le palier de sa porte, avec ses joues roses et ses yeux durcis par la fatigue et la maladie…

Lui qui n’est pas venu à mon entretien préalable de licenciement, premier jalon officiel, celui où l’on prononce le décès du poste et où l’on énonce le devis des funérailles.
Et avec ses yeux à la fois durs et concernés, qui fixent droit dans les miens, il me dit : “(…) ma porte est toujours ouverte”.

Sur le coup, c’est le côté sensiblerie qui m’est monté à la tête, quelle sympathie… J’ai pensé à l’hiver 54, à l’abbé Pierre et à cette vague de froid qui revient…

Tout de suite après, je me suis dis :“Fais attention aux courants d’air…”

La gynécologue

12 novembre 2006

Je prends rendez-vous chez ma gynécologue, voici un bail qu’on ne s’est pas regardé en face…

Le corps médical ausculte le mien…
Voyons comment sont ces gens ?

chat.jpgAlors comme d’habitude, j’arrive à l’arrache, un peu essouflée, quelques minutes de retard, mais moins de 5.
La dame me fait entrer dans son cabinet et me demande si tout va bien.
Oui, tout va bien, je viens vous voir parce que…
et je lui donne la raison.

Je suis déjà assez mal assurée de ma capacité à prendre cette décision, en tout cas bien moins que de faire les choses en vrai, sur un malentendu.

Ca m’a d’ailleurs fait bizarre de m’entendre dire cela.

Comme d’habitude, la dame ausculte, avec attention et douceur, toutes les parties de mon corps qui rendent évidentes mon caractère féminin.
No comment.

Je me pèse.
Ouh là là, me dit-elle, en reprenant l’historique de mes masses mesurées depuis 2002, va falloir faire attention !
Je pense pour moi-même : “Oui, c’est vrai, désolée de vous offrir cette absence de dignité féminine et tout ce laisser-aller adipeux.”…

Entre autres vatfaire.

Pour conclure et me permettre de repartir avec des vrais cadeaux, la dame me prescrit tout un tas de machins à vérifier, des vitamines à prendre pour éviter “certaines complications” et une méthodologie des années 1950 pour vérifier que mes cycles tournent bien rond.
Ca va occuper mes matinées et me distraire, ça c’est sûr…
Après tout, pourquoi pas, ça fait quelques années que je n’ai pas fait de relevés aussi scientifiques à consigner sur un beau graphique.
Je n’ai pas tout perdu, elle me refourgue son papier millimétré en échange de mon papier paraphé.
Avant que je la quitte, la gynéco me regarde droit dans les yeux avec un léger sourire narquois et dit :
“Revenez s’il ne se passe rien, parce que dans ces cas-là, ça ne sert à rien d’attendre.”

Bon cette fois c’en est trop, je m’en vais.
De toute façon, je suis encore motivée… Ma décision est parfaitement claire.
Enfin, à ce moment là.

De vous à moi, je l’ai quand même traité de sorcière dans ma tête.
Aujourd’hui, je me demande si j’aurais pas davantage besoin d’un psy.

Mais non, je ne bavarde pas assez pour accepter de payer pour parler.

C’est à moi que tu parles ?

22 novembre 2006

taxiComme souvent lorsqu’on a besoin de soutien…
Du moins que l’on apprécierait ne pas être confronté à un quelconque refus gratuit…
Les fées perdent leur baguette magique et les faits vous mettent des bâtons dans vos roues, déjà grippées par le semi tragique de votre situation.
Ca m’est arrivé l’autre jour, avec un chauffeur de taxi. C’est un cas particulier de la profession, soit.

Besoin d’un service - payant - et on vous lâche ? Voyons comment sont ces gens…

L’histoire commence à la Berlinoise, une sorte de fuite à l’ouest, un peu plus à l’ouest et sans pendule pour faire diversion, cher Tryphon.

Me voilà chargée comme un onagre, rendue à Stalingrad avec une tonne de bagages d’hiver.
J’attends 3 minutes dans un froid husky. Pas de taxi à l’horizon.
Je me dis qu’un effort physique est à ma portée, le métro aérien est à peine à quelques mètres au-dessus de moi.
L’escalier mécanique est en réfection.
C’est normal, il charrie bien d’autres corps fatigués tout au long de la semain. Il n’a pas besoin de s’embarrasser à faire ça les dimanches soir.

J’optimise mon trajet jusqu’à porte d’Asnières.

Pas question de marcher 10 minutes depuis Wagram, pas que je sois trop voyante pour la police locale, mais mes paquets, qui pourraient contenir un demi-éléphant, ont l’air suspect.
Mon check point sera donc la station Villiers, il y a une borne de taxi à la sortie.
C’est plutôt bien provisionné en toute saison, même nocturne. C’est ça l’ouest.
Et puis les gens sont tellement accueillants.

Je remonte à la surface avec un escalier roulant bien nourri, et je me dirige, au hasard, droit vers le premier taxi de la file.
- Bonjour, je vais porte d’Asnières.
- Vous sortez du métro là, vous n’avez qu’à prendre le métro jusqu’à porte d’Asnières.
J’essaie de commencer une phrase pratique ” mais il n’y a pas de métro à porte d’Asnières…” avant de réorienter ma pensée sur l’argument martial ” dites donc, vous n’avez pas le droit de refuser la course”.
Et puis non, je ne dis rien.
Je me tire.

Le second taxi ouvre sa fenêtre.
- Bonjour, je vais porte d’Asnières.
- Vous connaissez le chemin ?
- Heu oui, on devrait s’en sortir. J’y suis déjà allée.
Je lui raconte mon aventure avec son homologue précédent. Il commence à hurler qu’il a pas le droit de refuser une course.
En passant à son niveau, il baisse la vitre et engueule l’autre :
- Hé, t’as pas le droit de refuser une petite course, connard !
S’il avait été à distance de crachat, c’est sûr, il l’aurait fait.
L’autre hausse un sourcil méprisant au-dessus de son journal.
Le feu passe au vert. On fait un tour de pâté de maison pour prendre la rue de Tocqueville.

6,90 € plus tard, j’arrive rue Juliette Lamber. Son salon est accueillant.

Et je décide d’oublier pendant 2 jours ce qui vient de se passer.

Echanges linguistiques

6 décembre 2006

Comme toutes les bêtes de foire de 13 ou 14 ans, j’ai eu la chance de partir en vacances linguistiques dans ce pays fort accueillant qu’est l’Allemagne.
D’ailleurs, on disait RFA à l’époque. En effet, les taches de vin sur le soviet crâne n’avaient pas fait tache d’huile. L’Europe des blocs était encore un peu grippée.

Malgré la maîtrise approximative de la langue, voyons comment sont ces gens d’outre Rhin…

L’avantage, soit dit en passant, étant qu’au milieu des années 1980, on pouvait à la fois parfaire son allemand, mais aussi son anglais américain, voire même approfondir quelques bribes de français du contingent. Et pour une après-midi, cautériser le mal du pays des appelés chanceux et vraiment dépaysés, surtout en pensant à l’hiver.

Je crois d’ailleurs, que c’est à cet endroit, Kaiserslautern, et plus précisément à la piscine de Kaiserlautern que j’ai commencé une vocation de polyglotte.

Pour moi, c’était quand même plus pratique de miser sur la conversation que d’être obligée de jouer au ping pong pour m’insérer dans la vie sociale locale.

Comme tout le monde dans ces conditions, je restais souvent avec mes camarades de classe, dont un dénommé Moon. On se retrouvait régulièrement pour quelques escapades digestives, le soir, après le Abendbrot, c’est à dire vers 19h00.

Hé oui, on mange plus tôt à l’Est, ça doit être pour adapter son biorythme et corriger le décalage horaire naturel.

Nous voilà donc partis en vélo dans les collines, avant la nuit tombée, à fumer des (vrais) brins d’herbe ou quelques cigarettes achetées à la tirette, à la sauvette. Il était déjà interdit de fumer pour les moins de 16 ans et attention, la discipline et sa monétisation ne rigolent pas dans les Länder.

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En repartant dans nos pénates teutonnes respectives, on descendait à fond la caisse pour profiter de la pente et ne pas trop solliciter nos jeunes poumons enfumés.

Cette espèce de vieux casse-cou de Moon a dû freiner brutalement devant moi et je n’ai pas eu le temps de faire l’écart suffisant pour éviter la collision. Je me suis accrochée le bras sur son guidon et je me suis étalée en frottant la peau frêle de mon coude sur quelques mètres de bitume.

Le bras en sang beurk.

On s’était fait repérer par des voisins qui, ni une ni deux, décident de nous emmener chez eux pour prévenir nos hôtes de ce fâcheux accident. Vraiment sehr sympatisch.

Je pars aux toilettes avec un truc autour du bras pour éviter de jouer des coudes façon boucherie delicatessen.
C’est un grand couloir avec un chiotte à l’autre bout.
Et là… grand mystère, rien vu venir, me voilà prise d’un spasme compulsif.
Je répands tout un tas de spaghettis qui étaient passés par là quelques heures avant.

Oui, ça m’arrive décidément souvent.

Je ressors de là un peu catastrophée. J’ai quand même tout dévasté chez eux depuis à peine 10 secondes qu’on se connaît…

Et bien, au lieu de m’engueuler, ces gens se sont inquiétés pour moi.
Ils étaient même encore plus catastrophés que moi !

Ach grosse catastrophe comme on dit dans les films comiques. Mais là, personne ne rigolait.

Ils ont commencé à me regarder les pupilles avec attention, à me demander si je n’avais pas de Kopfschmerz, alors non, ich bin nicht über mein Kopf gefallen. Ja, ja sicher !

Un peu plus ils appelaient les pompiers et tout.

Finalement remise de mes émotions et eux aussi, ils nous ont raccompagnés en voiture chez nous, avec les vélos dans le coffre.

Qu’est-ce qu’ils sont bien équipés.